Dialogue chercheurs-décideurs : une voie pour accélérer le développement du Cameroun
Dialogue chercheurs-décideurs : une voie pour accélérer le développement du Cameroun
Written by Emmanuel SIKOMBE
Wednesday, 06 August 2008 19:28
La question de valorisation des résultats de la recherche renvoie, à notre avis, à la nécessité de l’instauration d’un cadre de dialogue permanent et fécond entre les décideurs et les chercheurs.
Au cours de la plupart des débats qui ont eu lieu ces derniers temps dans les médias aussi bien publics que privés, et notamment après les évènements de février 2008, cette question a été régulièrement abordée pour constater chaque fois que la prise en compte des résultats des travaux de certains chercheurs sur les questions au centre des débats, auraient pu être d’un apport très positif à la recherche des solutions aux problèmes posés ; et ceci qu’il s’agisse des domaines économiques, politiques ou sociaux.
En fait la problématique de valorisation des résultats de la recherche est récurrente depuis plusieurs décennies au Cameroun.
Elle était même le thème central de la commission n° 2 des Premières journées Technologiques nationales organisées en Juin 2005 par le Ministère de la recherche Scientifique, mais fût aussi au centre des débats aux Deuxièmes Journées Technologiques Nationales en 2007.
Les premières avaient proposé en guise de recommandations, la création :
i)- d’une structure nationale opérationnelle pour le développement des technologies et l’encouragement à la valorisation des résultats de la recherche scientifique et technologiques… Et
ii)- d’un Fonds National de Valorisation et de Protection des résultats de la Recherche Scientifique et Technologique.
Il est cependant loisible de constater aujourd’hui que malgré les immenses efforts déployés par l’Etat dans le secteur de la recherche scientifique (et notamment dans le domaine de l’agriculture), les choses n’ont que très peu évolué par rapport à cette problématique de valorisation de la recherche.
Dans ces conditions, on peut légitimement se demander s’il est possible que notre pays s’engage véritablement dans la voie d’un développement économique, social et culturel durable dans un tel contexte ? Question à laquelle la réponse, nous semble-t-il, est tout indiquée : à savoir non. Pour la simple raison que toutes les théories et modèles sur les bases desquelles nous construisons notre développement, ont été conçues dans un contexte géographique, social et culturel différent de notre (climat, degré d’organisation de la société, capacité générale de proposer des solutions viables à des problèmes sociaux, politiques et technologiques etc.)
En d’autres termes, ces théories et ces modèles ont par essence et par vocation à être amendés pour tenir compte d’une part, de la spécificité locale de leurs différentes variables et d’autre part, de l’éventuelle nécessité de modification ou de rajout de variables supplémentaires pour un meilleur rendu du contexte.
Ceci est particulièrement le cas dans les domaines économiques et sociaux ; et les difficultés de l’aboutissement des programmes d’ajustement structurel de notre économie, deux décennies après le premier « Accord stand by » avec le FMI, constituent à cet égard, une illustration patente.
Il apparaît ainsi que la valorisation de la recherche constitue un passage obligé pour une application efficace et optimale des théories économiques et sociales et une maîtrise des technologies adaptées, gage d’un développement économique, social et culturel rapide et durable.
Quel est dont le problème ?
Il se trouve simplement qu’entre les résultats probants de la recherche (qui existent) et leur exploitation pour la satisfaction des besoins, il existe une étape intermédiaire importante dont le cadre d’organisation, de gestion ne peut comme la recherche elle-même, relever que du pouvoir régalien de l’Etat.
Or malgré l’amélioration du cadre institutionnel observée ces dernières années dans le secteur de la recherche, ce maillon essentiel est celui qui fait toujours défaut. Si dans certains secteurs comme celui de l’agriculture, l’absence de ce maillon, bien que préjudiciable, ne pénalise pas totalement l’exploitation des résultats de la recherche ; en revanche dans les autres domaines scientifiques et notamment celui de la technologie, cette absence constitue véritablement un frein à double circuit pour le passage des résultats de la recherche à leur exploitation, au bénéfice de notre développement. Quel gâchis pour la communauté, pour toutes ces ressources, ces moyens et débauchés d’énergies dépensés par l’Etat et nos chercheurs en pure perte, et toutes ces occasions manquées de pouvoir asseoir un développement véritablement endogène et durable dans notre pays ?
Il y a incontestablement là, une urgence qui interpelle toute la communauté nationale afin qu’elle déploie tout son génie pour lever ce dernier paradoxe.
Le symposium organisé à Yaoundé en 2006 qui a rassemblé la société civile, les décideurs et les chercheurs pour réfléchir sur cette question, s’inscrivait dans cette perspective. Cette grande concertation à laquelle ont pris part une soixantaine de participants, a adopté un certain nombre de recommandations dont la mise en œuvre doit déboucher sur la constitution d’une plateforme de dialogue chercheurs-décideurs, qui constitue la première étape de l’institutionnalisation du maillon manquant de la chaîne, qui part de la recherche à l’utilisation des résultats de celle-ci.
Le Comité de Suivi des Recommandations mis en place à l’issue de ce symposium et composé des représentants du secteur privé, de l’administration publique et de la société civile s’active à la mise en oeuvre de certaines de ces recommandations. Il faut seulement espérer qu’au terme de ses activités, un nouveau jour se lève dans les relations entre les milieux de la recherche et ceux de la décision politique au Cameroun………
