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23 August 2018

Les contours sinueux de la valorisation des résultats de la recherche dans secteurs des ressources n

Les contours sinueux de la valorisation des résultats de la recherche dans secteurs des ressources n

La recherche et les innovations au Cameroun sont initiées par les institutions placées sous la tutelle du Ministère de la Recherche Scientifique et de l’Innovation, à savoir l’Institut de Recherche Géologique et Minier, l’Institut National de Cartographie, le Comité National de Développement des Technologies, la Mission de Promotion des Matériaux Locaux, l’Institut de Recherche Agricole pour le Développement, l’Institut de Recherche Médicale et de l’Etude des Plantes Médicales, l’Institut National de l’Education, etc. Les autres institutions sont les universités d’Etat et les bureaux de recherche/d’études privés.

En général, la recherche dans le domaine des ressources naturelles et de l’environnement connaît encore d’énormes problèmes au Cameroun tant au niveau de sa conduite qu’au niveau de la vulgarisation que de l’appropriation des résultats par les décideurs. Si la conduite de la recherche semble être limitée par des facteurs davantage pécuniaires, la faible coopération entre chercheurs et décideurs est susceptible d’induire des démarches isolées, préjudiciables au processus de développement du pays.

Et pourtant, l’établissement d’un dialogue entre chercheurs et décideurs qu’implique l’échange des informations et connaissances, tant pour l’élaboration des thèmes de recherche que pour les prises de décisions, est une condition nécessaire pour l’intégration et l’applicabilité des résultats issus des recherches.

L’acte de diffusion dans le grand public de savoirs scientifiques spécialisés, fondés en particulier sur l’adaptation de notions spécifiques et de connaissances techniques, peut faciliter la compréhension des résultats des recherches pour les non-spécialistes. A cet effet, il existe plusieurs canaux de vulgarisation des résultats de recherches au Cameroun. Malheureusement ceux-ci restent sous exploités par les acteurs du domaine. A côté de ces canaux, il existe également des fichiers techniques sectoriels où les résultats sont diffusés par secteur; cadre limité par la spécificité de ces résultats.

Des réflexions menées en vue d’apprécier l’état de synergie entre les milieux de la recherche et de la décision montrent plusieurs facteurs favorables ou défavorables à l’établissement d’un dialogue durable entre les deux parties actives dans le secteur des ressources naturelles et de l’environnement. Il existe en effet différents comportements de méfiance ou de sécurisation des dérivés de la recherche adoptés par chacun des acteurs, d’où ce climat malsain de méfiance entre les chercheurs et les décideurs. Les deux camps développent réciproquement des suspicions et des perceptions antagonistes.

La plupart des décideurs trouvent que les chercheurs se sous-estiment et se nivellent vers le bas. Ils jugent leurs recherches déconnectées des réalités politiques et quotidiennes. Pour ces derniers, les chercheurs sont des spéculateurs qui cachent les résultats de leurs recherches dans les tiroirs en attendant le plus offrant. Comportements qui s’établissent comme une impasse considérable à l’appropriation des résultats des recherches par les décideurs. Par ailleurs, l’absence des institutions privées de recherche au Cameroun et l’égocentrisme manifeste des chercheurs seniors sont entre autres les freins à la (ré) appropriation des résultats produits par les chercheurs.

Les chercheurs quant à eux, se méfient de la ruse des hommes politiques. En effet, certains chercheurs pensent que ces derniers peuvent détourner certains résultats de recherche au profit d’un tiers. Pour ceux-ci, si l’état du dialogue semble se justifier par l’intérêt porté aux résultats des recherches, il apparaît aussi que l’appropriation de certains résultats par les décideurs est fonction des affinités et de la notoriété liées des chercheurs. On peut donc de ce fait remarquer qu’une grande proportion des initiatives privées appropriées par les décideurs est l’œuvre des chercheurs-consultants ou chercheurs-cadres d’appuis dans les institutions bénéficiaires de cette appropriation. Il en est ainsi des résultats de recherches académiques ayant servi à la rédaction des normes environnementales où l’auteur des résultats était en même temps cadre d’appui au ministère de l’environnement et de la protection de la nature et responsable de la rédaction desdites normes.

Pour certains chercheurs, le décideur a un énorme potentiel de corruption et ne mérite aucune confiance notamment en ce qui concerne les résultats de recherches. En réalité, il est à remarquer que les décideurs disposent pour la plupart, des bureaux d’études personnels où ces résultats sont le plus souvent détournés et reformulés au détriment des principaux auteurs ; d’où la situation de méfiance réciproque davantage aggravée avec l’absence d’un cadre formel de concertation chercheurs-décideurs.

Pour ce qui est de la notion de la réappropriation entendue comme une circonstance où les décideurs s’emparent des résultats de recherche préalablement sollicités d’un chercheur individuel ou d’une institution de recherche, elle est davantage publique au Cameroun, car relevant la plupart de temps des institutions publiques.

En réalité, face à une impasse sociale ou politique, le décideur peut formuler ou solliciter l’élaboration des termes de références (TDR) d’un expert dans un domaine précis. Les TDR sont par la suite mis à la disposition des chercheurs par appel d’offre, ou par des contrats de gré à gré. C’est sur cette base que les résultats qui en découlent sont renvoyés aux décideurs en guise de réponse à la problématique préalablement posée. Cette forme d’appropriation est plus observée dans le secteur public pour les projets financés sur le budget de l’Etat. Par contre, lorsqu’un projet est financé par les partenaires financiers nationaux ou internationaux, les chercheurs sollicités pour une telle offre sont privés. Ce recours vers les chercheurs indépendants semble garantir la transparence, la lisibilité, l’efficacité et même l’efficience des résolutions attendues.

Concernant les recherches menées par les institutions publiques, le problème du dialogue entre les chercheurs et les décideurs semble moins se poser, mais n’existe davantage qu’entre les décideurs eux mêmes. En effet, on peut distinguer deux types de décideurs :

– Les décideurs des domaines de recherche : il s’agit entre autres du ministre de la recherche scientifique et de l’innovation, des directeurs et hauts responsables des institutions publiques chargées de la recherche. Ces derniers ont en plus de leurs missions d’élaboration des résultats et d’aménagement de l’environnement de la recherche, la tâche de vulgarisation des résultats de recherche produits par les chercheurs de leurs institutions.

– Les décideurs utilisateurs des résultats de recherches : ce sont les principaux utilisateurs de résultats de la recherche mis à leur disposition par les décideurs suscités pour des prises de décisions.

Ainsi, si les résultats disponibles et nécessaires à une prise de décision ne sont pas connus par certains décideurs, c’est effectivement du fait de l’absence de concertation entre les différents décideurs producteurs des résultats et ceux les utilisant. Par ailleurs, il existera toujours des débouchés pour des bonnes études et recherches où la problématique a été clairement posée. Il en est de même de la non réappropriation des résultats qui semble largement se justifier par ce déficit de dialogue chercheurs-décideurs.

L’impact de la recherche sur les politiques publiques sectorielles reste indéniable et incontournable en dépit de multiples influences où des esquisses de solutions susceptibles d’atténuer les facteurs limitant à une bonne concertation chercheurs décideurs ont d’ailleurs été proposées. Il faut dire que le dialogue entre chercheurs et décideurs appelle non seulement à l’échange des informations et des connaissances lors de l’élaboration des thèmes de recherche et la prise de décision, mais aussi, est indispensable dans l’intégration des principes d’un bon système de gouvernance publique dans un cadre institutionnel et réglementaire.

En effet, malgré la réticence observée entre les chercheurs d’une part et entre les chercheurs et les décideurs d’autre part, on peut cependant se réjouir de quelques cas réussis d’appropriation et de réappropriation qui augurent une amorce de dialogue vrai entre chercheurs et décideurs, à condition que la plupart de lourdeurs identifiées soient levées.

En somme, il semble qu’à côté de plusieurs autres maux que sont la pro activité limitée des acteurs, l’asymétrie informationnelle, le manque de moyens financiers, l’éviction des chercheurs juniors par les chercheurs seniors et la fuite des cerveaux, la culture du dialogue réel chercheurs-décideurs fait moins partie des comportements sociaux au Cameroun et reste à parfaire………